CHAPITRE IX

Le docteur Ferguson, sexagénaire d’origine écossaise aux manières franches et brusques, fixa sur son visiteur un regard dépourvu de bienveillance et dissimulé en partie par d’épais sourcils broussailleux.

— De quoi s’agit-il ? Asseyez-vous en prenant garde à ce fauteuil dont les roulettes ne tiennent presque plus.

— Peut-être devrais-je vous expliquer…, commença Poirot.

— Inutile : dans notre petite ville tout se sait. La romancière vous a prié de venir en tant que plus grand policier de tous les temps, pour réduire à rien notre police locale. C’est bien cela, n’est-ce pas ?

— Oui et non. Je suis venu rendre visite à un de mes vieux amis, l’ancien Superintendant Spencer qui habite ici avec sa sœur.

— Un bon policier, ce Spencer. Beaucoup de cran et l’honnêteté qui distinguait la vieille école. Un incorruptible pas du tout partisan de la violence. Un garçon loin d’être bête.

— Vous l’évaluez à sa juste valeur.

— Eh bien ! que pensez-vous tous deux de cette affaire ?

— L’inspecteur Raglan et lui, Spencer, m’ont témoigné une grande amabilité. J’espère que, comme eux, vous me prêterez assistance, docteur.

— Je n’ai pas à être aimable. Je ne sais rien qu’ils ne connaissent déjà. Une fillette meurt asphyxiée parce qu’au cours d’une soirée on lui a maintenu la tête dans un seau rempli d’eau et de pommes. Sale histoire, Monsieur. Tout ça parce que des fous sont laissés en liberté. Je dois dire qu’habituellement, ils ne choisissent pas une soirée pour satisfaire leurs instincts sanguinaires. Beaucoup trop risqué. Mais… les malades mentaux doivent eux aussi éprouver parfois le goût de l’aventure.

— Nourrissez-vous quelque soupçon sur l’identité de celui que nous recherchons ?

— Croyez-vous que ce soit là une question à laquelle je puisse vous répondre comme ça ? Il me faudrait des preuves, non ?

— Vous pourriez vous risquer à une hypothèse ?

— N’importe qui peut ébaucher des hypothèses. Si je rends visite à un malade, il me faut questionner, soupeser pour finalement décider avec un éventail de possibilités plus ou moins ouvert. Et cela, monsieur Poirot, c’est ce que, dans ma profession, on appelle un diagnostic. Impossible de prononcer sans réfléchir ni être sûr de ce qu’on avance.

— Connaissiez-vous la victime ?

— Certainement. Elle et sa famille étaient de ma clientèle. Nous ne sommes que deux médecins, ici, Worral et moi. Les Reynolds m’ont toujours consulté. Joyce était une fillette robuste, ayant eu les maladies infantiles habituelles. Aucun signe particulier sinon qu’elle mangeait et parlait trop.

— Et il se peut que, pour une fois, elle ait dû payer de sa vie sa manie de bavarder.

— C’est donc là la piste que vous avez décidé de suivre pour mener votre enquête ?

— Elle pourrait expliquer le mobile du crime, non ?

— Je vous l’accorde et cependant les raisons de penser autrement ne manquent pas. La mort de Joyce n’a d’ailleurs profité à personne et nul ne haïssait cette enfant. À mon sens, il ne faut plus à l’heure présente, chercher une explication logique, basée sur le caractère de la victime, mais plutôt ce qu’il s’est passé dans l’esprit du meurtrier – un déséquilibré – au moment où il tuait.

— Et qui, dans l’affaire qui nous occupe, répondrait à votre définition ?

— Vous voulez dire parmi les personnes réunies l’autre soir chez Mrs. Drake ?

— Oui.

— Question difficile, car vous ne savez pas encore si l’assassin était parmi les invités ou s’il s’est introduit secrètement dans la maison. J’ai suivi de près le procès d’un garçon de vingt ans qui, arrêté pour un délit quelconque, a avoué un crime commis lorsqu’il n’avait que douze ans. Les psychiatres se sont penchés sur lui et ont décidé qu’il avait tué sous l’emprise d’une folie passagère. Votre assassin est peut-être du même calibre ; un garçon doux et estimé de ses camarades que la vue d’un ver dans la belle pomme qu’il mordait aura transformé en bête nuisible.

— Et personnellement, vous n’avez aucun soupçon ?

— Comment le pourrais-je sans preuve à l’appui ?

— Cependant, vous admettez bien que sans meurtrier, le crime n’aurait pas eu lieu ?

— Ces histoires se produisent sans doute dans le genre de romans qu’écrit votre protégée, Mrs. Oliver, mais elles n’obéissent pas à la logique, n’est-ce pas ? Vous n’avez rien qui puisse vous guider dans votre enquête. L’assassin de Joyce était-il parmi les invités ? Les domestiques ? ou est-il venu de l’extérieur ?

Quoi qu’il en soit, il s’est mêlé un moment à l’assistance.

Sous les sourcils broussailleux, un éclair de malice brilla dans le regard du médecin.

— Entre nous, je me trouvais moi-même à cette soirée. Pas longtemps, mais je suis passé pour voir comment se déroulait la Fête du Potiron.

 

La Fête du potiron
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